La justice italienne condamne le capitaine tunisien à 18 ans de prison

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Naufrage de migrants en 2015 : la justice italienne condamne le capitaine tunisien à 18 ans de prison

La justice italienne a condamné mardi à 18 ans de prison le capitaine tunisien qui était à la barre du chalutier dont le naufrage a provoqué la mort de plus de 800 migrants en avril 2015.

Plus d’un an et demi après le naufrage en Méditerranée d’un chalutier dans lequel plus de 800 migrants ont trouvé la mort en avril 2015, la justice italienne a rendu son verdict. Le tribunal de Catane, en Sicile, a condamné, mardi 13 décembre, Mohammed Ali Malek, 28 ans, le capitaine tunisien qui était à la barre du chalutier, à 18 ans de prison.

Mahmoud Bikhit, un Syrien considéré comme son second à bord, a été condamné à 5 ans de prison après ce naufrage, le plus meurtrier de ces dernières décennies en Méditerranée, avec un bilan estimé à au moins 800 morts.

Le parquet avait requis à l’issue d’un procès mené selon une procédure accélérée,

avec des audiences espacées et souvent à huis clos, 18 ans de prison et 3 millions d’euros de dommages contre le capitaine préusmé et six ans de prison contre le second. Les deux accusés ont toujours réfuté toute responsabilité dans le drame, affirmant n’avoir été, à bord, que des migrants parmi les autres.

Il y a “passeur et passeur. La plupart du temps ce sont des migrants désignés sur le moment. On leur donne un téléphone satellitaire, une boussole et on leur interdit sous peine de mort de faire demi-tour”, avait expliqué à l’AFP l’avocat de Mohammed Ali Malek, Me Massimo Ferrante.

Mais selon les autres survivants, Mohammed Ali Malek était à la barre lorsque le bateau bleu de moins de 30 mètres, parti de Libye le 18 avril 2015 au matin, avait chaviré et coulé la nuit suivante, sous les yeux horrifiés de l’équipage du “King Jacob”, un cargo portugais envoyé à son secours.

Selon le parquet, les manœuvres erratiques de Mohammed Ali Malek ont fortement contribué au chavirage du bateau, qui a semble-t-il percuté le “King Jacob” à plusieurs reprises. Me Ferrante a plusieurs fois réclamé que les manœuvres du cargo portugais soient également examinées, mais le parquet de Catane a rapidement exonéré son équipage de toute responsabilité.

“Entassés comme dans les trains pour Auschwitz”

Il n’y a eu que 28 survivants, dont les récits glaçants ont provoqué une vague d’indignation et poussé l’Union européenne à renforcer de manière significative sa présence au large de la Libye, où patrouillent désormais jusqu’à une dizaine de navires militaires européens.

À la suite d’une promesse du chef du gouvernement de l’époque, Matteo Renzi, la marine italienne a renfloué fin juin l’épave du chalutier qui gisait à environ 370 mètres de profondeur, une opération délicate qui a coûté 10 millions d’euros et a permis un macabre décompte.

Outre 24 victimes retrouvées la nuit du drame, la marine italienne a récupéré 219 corps autour de l’épave. Et après le renflouement, les pompiers ont rempli 458 sacs mortuaires, souvent avec des restes de plusieurs personnes. Selon les experts, le total devrait atteindre 800 à 900 morts.

En annonçant ces chiffres en octobre, Vittorio Piscitelli, commissaire extraordinaire pour les personnes disparues en Italie, s’était indigné : “Comment a-t-il été possible de mettre jusqu’à 900 personnes là-dedans ! Ils ne pouvaient pas arriver vivants”. Les pompiers ont raconté avoir découvert des corps “entassés comme dans les trains pour Auschwitz”, à 5 par m2 dans la cale, la salle des machines et même le puits de la chaîne d’ancre à l’avant.

Des documents retrouvés dans les poches des morts montrent qu’ils venaient du Soudan, de Somalie, du Mali, de Gambie, d’Éthiopie, du Sénégal, de Côte d’Ivoire, d’Érythrée, de Guinée Bissau et du Bangladesh. Signe du déchirement que représentent ces migrations, l’un d’entre eux avait avec lui un petit sachet contenant de la terre de son pays.

Les corps sont désormais enterrés dans des cimetières de Sicile, après un relevé minutieux de tous les éléments pouvant aider leurs proches à les identifier : échantillons ADN, documents, vêtements, tatouages, cicatrices…

Source :  AFP